Qui lit les panneaux ?

Sur le vieux port joliment rénové de La Ciotat se trouve un beau cadran solaire : 

C’est un cadran équatorial, daté de 1873 et baptisé le Baromètre, à cause du baromètre sur un de ses côtés.

Comme la majorité des cadrans solaires, il donne l’heure solaire, qui n’est pas celle de nos montres (heure légale).

Afin de servir quand même à donner l’heure (légale), il est accompagné de deux tables qui donnent la différence entre l’heure solaire et l’heure légale, pour certains jours de l’année (trois fois par mois : le 1er, le 10 et le 20) :

Ces tables appellent deux remarques :

1. Heures d’été et d’hiver (au pluriel)

Aujourd’hui, on parlerait plutôt de l’heure d’été (ou d’hiver) au singulier. Mais surtout, on note que chacune de ces tables contient tous les mois de l’année. Or, on voit mal comment janvier pourrait être un mois d’été, ou juillet un mois d’hiver…

Alors pourquoi ces gravures inutiles ?

Nous ne le savons pas, mais nous risquons deux hypothèses :

Souci de symétrie : ainsi les deux tables font la même taille, ce qui est plus esthétique ?

Impossibilité de connaitre à l’avance la date du changement : ce n’est que dans les années 1970 que la date de passage à l’heure d’été ou à l’heure d’hiver est codifiée de façon sûre : dernier dimanche de mars et dernier dimanche d’octobre, respectivement.

Au début de l’application de l’heure d’été, celle-ci pouvait être fixée à des dates différentes, selon les années. Le graveur ne pouvait donc pas savoir à l’avance de façon sûre quand aurait lieu le changement. Il a donc tout mis par prudence ?

2. Ces tables sont fausses !

Maintenant, vérifions ces indications.

Par exemple, prenons le 1er mars.

Utilisons un Papophoplon réglé à la longitude de La Ciotat (qui nous est donnée par le tableau des heures d’hiver) : 5°36’23″ à l’Est de Greenwich.

La conversion en degré décimaux donne 5,6°.

On trouve qu’il faut ajouter 49 minutes et 53 secondes. Comme la table du cadran donne des indications en minutes, on va arrondir à 50 minutes. 

Or, le panneau dit qu’il faut retrancher 9 minutes.

C’est n’importe quoi !

Faisons un essai en été. Prenons le 1er août. La table nous dit qu’il faut ajouter 44 minutes. Le Papophoplon :

Le Papophoplon dit qu’il faut ajouter 1 heure et 44 minutes.

Vous avez compris ?

Eh oui, les tables ne sont pas à l’heure française d’aujourd’hui, mais à celle d’avant la Deuxième Guerre Mondiale, quand la France était à l’heure de Greenwich.

Ainsi l’erreur est juste : il faut rajouter 1h aux indications de la table :

Date

Table

Papophoplon

Écart

1er mars

-9 minutes

+50 minutes

+59 minutes

1er août

+44 minutes

+ 1h et 44 minutes

+60 minutes

Conclusion 1

On peut dater ces inscriptions : elles datent forcément des années 1920 ou 1930. 

En effet, elles sont postérieures à l’introduction en France de l’heure d’été, qui date de 1917.

Et elles sont antérieures au début des années 1940, quand la France est passée à « l’heure allemande », soit GMT+1. 

Conclusion 2

Été comme hiver, ce cadran est décalé d’une heure depuis plus de  80 ans.

Pourquoi n’y a-t-il pas une foule de gens devant ce cadran en train de se gratter la tête en disant qu’il « ne marche pas » ? 

Notre hypothèse : parce que personne ne lit les panneaux qui accompagnent les cadrans solaires.

Notre conclusion : il faut remplacer les tableaux explicatifs par des Papophoplons !

Pour en savoir plus sur ce cadran

Le cadran a été rénové en 2023.
Le site de Michel Lalos en donne des photos d’avant la rénovation : ici.
Il est inscrit à l’inventaire des cadrans solaires de la Commission des Cadrans Solaires (CCS) de la Société Astronomique de France (SAF) sous les numéros (inv. SAF : 13028001-03 et inv. SAF : 13028001-04) pour la face été et la face hiver respectivement.